
Compteur vélo GPS : pourquoi passer à l'analyse de données
Dans les bosses de Fontainebleau, un compteur qui vous affiche seulement la vitesse ne vous aide pas beaucoup. Un coup de vent dans la plaine, une relance sur le bitume granuleux, un faux-plat qui ne dit pas son nom: l’écran annonce 32 km/h, puis 25, puis 37.
Compteur vélo GPS: pourquoi passer à l’analyse de données
Vous croyez ralentir. En réalité, vous êtes peut-être simplement en train de vous mettre dans le rouge avant la course à pied.
Le problème n’est pas le GPS. Le problème, c’est ce qu’on lui demande. Un compteur vélo GPS pour triathlon ne sert pas à faire joli sur la potence ni à collectionner des traces dans une application. Avec les bons capteurs, il devient un outil de pilotage. Il permet de voir ce que la vitesse masque: la puissance produite, les variations d’intensité, la charge accumulée et le prix réel d’une relance trop violente.
Sur un triathlon, le vélo n’est pas une épreuve isolée. C’est un long prélèvement sur les jambes. Vous pouvez gagner quelques secondes dans une côte et les perdre en triple à pied, avec les quadriceps qui refusent de coopérer. L’analyse des données sert précisément à éviter ce genre de marché douteux.
Au-delà de la vitesse: la révolution des données de puissance
La vitesse est une donnée séduisante. Elle monte, elle descend, elle donne une impression immédiate de contrôle. Mais elle dépend de trop de paramètres pour piloter correctement un effort de triathlon: le vent, la pente, la position sur le vélo, l’état du revêtement, la circulation et même la trajectoire choisie dans un virage.
À 30 km/h face au vent, vous ne fournissez pas le même effort qu’à 30 km/h avec le vent dans le dos. Le compteur affiche pourtant le même nombre. Il ne ment pas. Il ne raconte simplement qu’une partie de l’histoire.
La puissance, elle, mesure le travail fourni au niveau du pédalage. Elle s’exprime en watts et se lit en temps réel à condition d’utiliser un capteur adapté, généralement situé dans les pédales, le pédalier ou les manivelles. Le compteur GPS reçoit alors cette information et la met en relation avec la durée, la fréquence cardiaque, la cadence, le dénivelé et la vitesse.
C’est là que l’outil commence à devenir intéressant pour le triathlète:
- vous pouvez maintenir une intensité régulière malgré les variations de terrain;
- vous repérez les relances qui coûtent cher sans apporter grand-chose;
- vous comparez deux sorties dans des conditions différentes;
- vous estimez la charge d’une séance au lieu de vous fier uniquement à la sensation de fatigue;
- vous préparez la transition vers la course à pied avec une idée plus nette de ce que vos jambes ont réellement encaissé.
Dans la forêt de Fontainebleau, le relief n’a pas besoin d’être alpin pour vous piéger. Une succession de petites bosses, une route exposée au vent ou une série de virages mal négociés suffit à transformer une sortie régulière en séance de fractionné mal déguisée. Le compteur devient alors une laisse courte. Il vous empêche de partir en sprint dès que la route se cabre.
Mais il faut poser une limite nette: un compteur seul ne mesure pas votre charge physiologique avec précision. Sans capteur de puissance ou ceinture cardiaque, vous avez surtout une vitesse, une trace, une altitude parfois approximative et des estimations. C’est utile pour naviguer. Ce n’est pas suffisant pour analyser sérieusement l’effort.
La vitesse décrit la route. La puissance décrit ce que vous lui faites subir — et ce qu’elle vous fera payer plus tard.
Le compteur n’est pas le capteur
On mélange souvent les deux. Le compteur vélo GPS est l’écran et l’ordinateur de bord. Le capteur de puissance est la source d’une partie des données les plus intéressantes. La ceinture cardiaque en est une autre. La cadence complète le tableau.
Sans capteur, le compteur peut afficher une estimation de puissance selon le modèle et les informations disponibles. Cette valeur ne doit pas être traitée comme une mesure équivalente à celle d’un capteur dédié. Pour travailler autour de la FTP, de la puissance normalisée ou du TSS, il faut des données cohérentes et répétables.
L’équipement utile dépend donc de votre objectif:
| Usage | Équipement pertinent | Ce que vous pouvez réellement exploiter |
|---|---|---|
| Navigation et suivi d’une sortie | Compteur GPS seul | Trace, vitesse, distance, dénivelé, durée |
| Gestion de l’intensité | Compteur GPS + ceinture cardiaque | Fréquence cardiaque, dérive de l’effort, zones |
| Analyse de la puissance | Compteur GPS + capteur de puissance | Watts instantanés, puissance moyenne, NP, IF |
| Travail structuré en triathlon | Compteur GPS + puissance + cardio + cadence | Intensité externe, réponse interne et régularité |
| Préparation d’une course | Ensemble connecté et profils configurés | Affichage ciblé selon les phases de l’épreuve |
Le meilleur système n’est pas celui qui affiche quinze champs de données. C’est celui que vous pouvez lire sans vous contorsionner au milieu d’un rond-point ou d’une descente technique. Une donnée inutilisable est du décor.
Comprendre les indicateurs clés: FTP, NP et IF
Les données de puissance vélo en triathlon deviennent utiles lorsqu’elles sont interprétées. Lire des watts sans comprendre leur logique revient à regarder le compte-tours d’une voiture sans savoir quand changer de rapport. On peut faire du bruit pendant longtemps. On ne va pas forcément plus loin.
La FTP: votre référence de travail
La FTP, pour Functional Threshold Power, correspond à la puissance moyenne maximale qu’un cycliste peut maintenir de manière constante pendant une heure. Elle sert de référence pour établir des zones d’intensité et calculer plusieurs indicateurs de charge.
Il faut la considérer comme une valeur de travail, pas comme une médaille à afficher. Elle évolue avec la forme, la fatigue, le protocole de test et les conditions dans lesquelles elle est déterminée. Une FTP surestimée vous pousse à rouler trop fort. Une FTP sous-estimée rend les séances molles et les zones peu utiles.
Les compteurs modernes proposent des tests guidés ou des estimations à partir de vos efforts. Depuis quelques années, ces fonctions se sont généralisées. Cela facilite le suivi, mais cela ne transforme pas automatiquement chaque estimation en vérité gravée dans le carbone. Le contexte compte: durée de l’effort, fraîcheur, température, motivation, pente et qualité de la mesure.
Pour un triathlète, la FTP sert surtout à construire une échelle de décision:
- endurance facile et durable;
- travail soutenu mais contrôlé;
- efforts proches du seuil;
- séquences courtes à haute intensité;
- récupération entre les répétitions.
Les plages d’IF donnent un ordre de grandeur. Un IF situé autour de 0,6 à 0,7 correspond généralement à une endurance fondamentale, tandis qu’un entraînement soutenu peut se situer autour de 0,8 à 0,9. Ces valeurs ne remplacent pas une analyse individuelle. Elles ne disent pas, à elles seules, quelle intensité tenir sur une distance de triathlon donnée.
Un triathlon court, un format longue distance et une séance d’entraînement ne se gèrent pas avec la même marge. La fatigue accumulée, la durée prévue et votre capacité à courir après le vélo changent complètement la décision. Le compteur donne une balise. Il ne pédale pas à votre place.
La puissance normalisée: regarder au-delà de la moyenne
La puissance moyenne est pratique, mais elle peut être trompeuse. Deux sorties peuvent afficher la même moyenne alors que l’une a été régulière et l’autre composée de démarrages brutaux, de relances et de périodes de récupération.
La puissance normalisée, ou NP, cherche à mieux représenter le coût physiologique de ces variations. Elle prend en compte les changements d’intensité à partir d’une moyenne mobile sur 30 secondes. Le résultat donne une estimation plus proche de la difficulté réelle d’un effort irrégulier que la simple moyenne arithmétique.
Prenons deux sorties théoriques:
- dans la première, vous restez proche de votre allure cible sur une route régulière;
- dans la seconde, vous attaquez chaque côte, récupérez dans les descentes et remettez une couche à chaque relance.
La puissance moyenne peut rester comparable. La NP sera généralement plus élevée dans la seconde, parce que l’organisme paie les variations. C’est exactement le genre de dépense que l’on oublie au moment où l’on se sent encore frais, puis que l’on retrouve avec intérêts dans les premiers kilomètres de course à pied.
La NP est particulièrement intéressante sur les parcours vallonnés, dans les groupes où l’allure change sans cesse et sur les sorties comportant des intervalles. Elle permet d’éviter une lecture trop flatteuse de la puissance moyenne.
Attention toutefois à ne pas transformer la NP en oracle. Elle reste dépendante de la qualité des données et de la durée observée. Une courte accélération n’a pas le même sens qu’une heure de variations continues. Le chiffre doit toujours être replacé dans la séance complète.
L’IF: une intensité relative, pas une permission de forcer
Le facteur d’intensité, ou IF, correspond au rapport entre la puissance normalisée et la FTP:
IF = NP / FTP
Si votre NP est proche de votre FTP, l’IF se rapproche de 1. Plus l’intensité relative baisse, plus vous disposez théoriquement d’une marge pour prolonger l’effort. En pratique, cette marge dépend aussi de votre endurance, de votre alimentation, de la chaleur, de la position aérodynamique et de votre aptitude à courir après le vélo.
L’IF devient utile pour comparer des séances et comprendre leur place dans votre semaine. Une sortie longue à intensité modérée n’a pas le même rôle qu’un entraînement court et soutenu, même si les deux vous laissent les jambes lourdes.
Sur un parcours vallonné, l’IF permet aussi de repérer un défaut classique: partir au-dessus de la cible dans les premières bosses, puis essayer de sauver la moyenne en fin de sortie. C’est une stratégie de comptable ivre. La moyenne finale peut sembler acceptable, alors que la distribution de l’effort a été désastreuse.
Le rôle du TSS dans la gestion de la charge d’entraînement
Le TSS, ou Training Stress Score, quantifie la charge totale d’une séance à partir de sa durée, de la puissance normalisée, de l’intensité relative et de la FTP. La formule utilisée est la suivante:
TSS = (durée en secondes × NP × IF) / (FTP × 3600) × 100
Le calcul paraît austère. Sur le terrain, il répond à une question très simple: cette séance prend-elle une place raisonnable dans votre semaine ou vient-elle tout retourner comme une sortie de route mal négociée?
Le TSS ne mesure pas tout. Il ne connaît pas votre sommeil, votre stress professionnel, les kilomètres courus la veille, les douleurs au tendon d’Achille ou la chaleur qui vous a vidé. Il ne remplace donc pas le ressenti. Il l’empêche simplement de raconter n’importe quoi.
Un triathlète peut avoir l’impression qu’une sortie était facile parce que la vitesse moyenne est restée modeste. Si le parcours comportait de nombreuses relances et une NP élevée, la charge peut être nettement plus importante que prévu. À l’inverse, une sortie régulière avec une intensité maîtrisée peut sembler longue sans être désastreuse pour la suite de la semaine.
Lire la charge sans devenir esclave du chiffre
Le TSS doit être utilisé comme un outil de contexte. Regardez:
1. La charge de la séance seule
Elle indique le poids relatif de l’entraînement, mais pas votre capacité à l’absorber.
2. La répétition des séances exigeantes
Trois sorties raisonnables peuvent produire une semaine trop lourde si elles sont empilées sans récupération.
3. La proximité avec une séance de course à pied
Une sortie vélo bien encaissée peut devenir problématique si elle précède une séance de course rapide.
4. L’écart entre la charge prévue et la charge réalisée
Si chaque sortie dépasse la cible, ce n’est pas un signe de courage. C’est peut-être un problème de réglage.
5. La cohérence avec vos sensations
Lorsque les données et le corps racontent la même histoire, le signal mérite votre attention. Lorsqu’ils divergent, il faut chercher pourquoi.
Le piège est de vouloir augmenter systématiquement le score. Un TSS plus élevé n’est pas automatiquement une meilleure séance. Il peut simplement signaler que vous avez roulé trop fort, trop longtemps, ou sans plan. La nature ne récompense pas la confusion. Elle use le matériel et les organismes avec une remarquable égalité.
Le TSS ne vous dit pas si vous êtes courageux. Il vous montre seulement la facture probable de votre séance.
Ce que le TSS ne doit pas prétendre faire
Ne lui demandez pas de comparer mécaniquement toutes les disciplines. La charge d’une séance de natation, de vélo et de course ne se lit pas de manière identique. Une journée de transition peut être difficile pour les jambes avec une charge vélo qui semble modérée. Une séance de course sur terrain souple peut laisser une fatigue musculaire que les watts ne verront jamais.
Ne tirez pas non plus de conclusion définitive à partir d’une seule sortie. Les indicateurs deviennent intéressants lorsqu’ils sont suivis dans le temps, avec des capteurs utilisés de manière régulière et des conditions notées honnêtement.
Synchronisation et précision: l’écosystème ANT+ et Bluetooth
Un compteur vélo GPS pour triathlon ne fonctionne pas en vase clos. Il reçoit les données de plusieurs appareils grâce à des protocoles sans fil, principalement ANT+ et Bluetooth.
La compatibilité ne doit pas être traitée comme un détail administratif. Un capteur de puissance qui se déconnecte dans les bosses, une ceinture cardiaque qui perd le signal sous la pluie ou une cadence absente pendant la moitié de la séance rendent l’analyse bancale. Les chiffres peuvent sembler propres. Ils seront simplement incomplets.
Avant d’acheter ou d’installer, vérifiez la chaîne complète:
- le compteur accepte-t-il le protocole utilisé par vos capteurs?
- le capteur de puissance est-il reconnu comme source de puissance et de cadence si nécessaire?
- la ceinture cardiaque transmet-elle correctement pendant les efforts intenses?
- les profils vélo et triathlon sont-ils séparés?
- les champs affichés restent-ils lisibles en position aéro?
- les données se synchronisent-elles après la sortie sans manipulation pénible?
Les capteurs de puissance avancés sur pédales peuvent annoncer une précision d’environ 1 %. C’est une référence intéressante, pas une garantie magique dans toutes les conditions. Le montage, l’entretien, la calibration, la température et l’état des piles ou batteries ont leur mot à dire.
Régler un système fiable avant de chercher la performance
La première étape consiste à installer les capteurs et à vérifier leur association un par un. Ne connectez pas tout en même temps, puis ne partez pas rouler en espérant que l’électronique comprendra votre intention. Elle ne comprend rien. Elle applique ce qu’on lui a configuré.
Ensuite, prenez le temps de:
1. Nommer clairement chaque capteur
Cela évite de sélectionner par erreur celui du vélo d’entraînement ou d’un ancien montage.
2. Vérifier la calibration du capteur de puissance
Suivez la procédure du fabricant dans des conditions cohérentes et répétez-la lorsque c’est nécessaire.
3. Renseigner correctement la FTP
Une valeur fausse contamine l’IF, les zones et les calculs de charge.
4. Créer un écran d’entraînement sobre
Puissance actuelle lissée, puissance moyenne du tour, fréquence cardiaque, cadence et durée suffisent souvent.
5. Créer un écran de course différent
En compétition, affichez uniquement ce qui aide à décider. Le reste peut attendre l’analyse après l’arrivée.
6. Tester la transmission sur une sortie ordinaire
Pas la veille d’un objectif. Une coupure constatée sur une boucle locale coûte peu. La même coupure le jour de la course devient une mauvaise blague.
L’affichage de la puissance instantanée est souvent trop nerveux pour être lu correctement. Une valeur lissée ou une puissance moyenne sur le tour donne une information plus exploitable. Vous cherchez une tendance, pas une succession de chiffres qui sautent comme des gravillons sous une roue.
Montre GPS ou compteur vélo: quel outil pour le triathlon?
La montre GPS triathlon a une force évidente: elle suit l’athlète dans les trois disciplines et accompagne les transitions. Elle est compacte, toujours au poignet et pratique pour centraliser les séances.
Le compteur vélo, lui, possède un avantage net sur la partie cycliste: son écran est plus lisible, sa fixation est mieux placée et ses champs de données sont conçus pour être consultés en roulant. Pour gérer la puissance, le dénivelé, la navigation et les tours, cette ergonomie change tout.
| Critère | Montre GPS triathlon | Compteur vélo GPS |
|---|---|---|
| Natation et transition | Très adaptée | Peu pertinente hors du vélo |
| Lecture des watts en position aéro | Possible, mais écran plus limité | Généralement plus confortable |
| Navigation à vélo | Fonctionnelle selon le modèle | Souvent plus lisible sur le cintre |
| Gestion des champs de données | Compacte, moins visible | Plus grande liberté d’affichage |
| Suivi des trois sports | Point fort | Centré sur le vélo |
| Analyse en direct d’une séance cycliste | Correcte | Plus pratique pour piloter l’effort |
| Utilisation sur parcours accidenté | Dépend de la fixation et de la visibilité | Fixation stable et lecture dédiée |
La question n’est donc pas de savoir quel appareil est universellement meilleur. Elle est de savoir où se situe votre besoin.
Si vous débutez et cherchez à enregistrer vos séances, une montre peut suffire. Si vous préparez sérieusement la partie vélo, utilisez un capteur de puissance et voulez lire vos données sans quitter la route des yeux, le compteur devient plus logique. Les deux appareils peuvent aussi se compléter: la montre gère la logique triathlon, le compteur pilote la portion cycliste.
Dans tous les cas, ne confondez pas quantité d’écrans et qualité d’entraînement. Un compteur haut de gamme avec une FTP jamais actualisée et des champs illisibles ne fera pas mieux qu’un outil plus simple correctement réglé.
Stratégie de course: piloter son effort pour préserver la transition
La meilleure utilisation des données ne consiste pas à battre un record de puissance sur le vélo. Elle consiste à arriver à la transition avec assez de jambes pour courir correctement.
Sur un triathlon, les erreurs se paient rarement au moment où elles sont commises. Vous forcez dans les premières bosses parce que les jambes répondent. Vous dépassez la cible pour suivre un groupe. Vous négociez chaque relance comme si elle décidait du classement. Puis, plusieurs kilomètres plus tard, la course à pied présente l’addition.
Le compteur sert à poser des garde-fous:
- une limite de puissance dans les premières minutes;
- une cible de puissance moyenne sur les portions régulières;
- une surveillance de la NP lorsque le parcours est haché;
- un œil sur la fréquence cardiaque pour vérifier le coût interne de l’effort;
- une alerte lorsque les variations deviennent trop nombreuses;
- des tours manuels pour comparer les sections du parcours.
Les premières minutes: ne pas se faire piéger par la fraîcheur
Après la natation et la transition, l’envie de produire un effort franc est normale. Vous avez quitté l’eau, vous avez dépassé les premiers concurrents, la route s’ouvre. C’est précisément le moment où il faut éviter de partir comme si la ligne d’arrivée se trouvait derrière le prochain rond-point.
La puissance permet de contrôler ce départ même lorsque la vitesse semble faible. Un vent de face ou une sortie de zone urbaine peut donner l’impression que vous n’avancez pas. Si vous compensez immédiatement, vous accumulez une dette qui ressortira plus tard.
Une stratégie simple consiste à afficher:
- la puissance moyenne du tour;
- la NP du tour ou de la séance;
- la fréquence cardiaque;
- la cadence;
- la durée écoulée.
La puissance instantanée peut rester disponible, mais elle ne doit pas devenir le chef d’orchestre. Une pointe courte n’est pas forcément un problème. Une succession de pointes indique que vous laissez le terrain décider à votre place.
Les côtes: monter sans mordre la poussière
Dans les côtes courtes, la tentation est forte d’appuyer fort pour passer rapidement. Sur un parcours de Fontainebleau, certaines bosses paraissent anodines. Elles ne le sont plus après la natation, ni lorsqu’elles se répètent une dizaine de fois.
Le compteur vous permet de distinguer une accélération nécessaire d’un emballement. La vitesse baisse, c’est normal. La puissance peut augmenter légèrement pour franchir la pente, mais elle ne doit pas exploser à chaque montée. Si vous faites grimper l’IF à chaque relief, la NP se chargera de vous le rappeler.
Dans une course, vous pouvez accepter une variation ponctuelle. Ce qui use, c’est l’absence de limite. Le terrain monte, vous forcez. Le terrain descend, vous récupérez trop. Puis une nouvelle bosse arrive et le cycle recommence. À la fin, la moyenne semble honorable, mais les jambes sont en miettes.
Les descentes et les portions rapides: récupérer sans abandonner le pilotage
Une descente n’est pas forcément une récupération gratuite. Il faut parfois pédaler pour conserver la vitesse, relancer après un virage ou rester dans une position aérodynamique. Là encore, la vitesse seule ne vous indique pas le coût de l’action.
Le bon réflexe consiste à observer la puissance moyenne sur une durée suffisante plutôt que de réagir à chaque variation. Si vous avez produit un effort important dans la montée, la descente peut servir à calmer le jeu. Vous n’avez pas besoin de transformer chaque mètre favorable en démonstration de force.
La position, la sécurité et la trajectoire restent prioritaires. Aucun indicateur ne justifie de fixer l’écran dans un virage serré ou sur une portion dégradée. Les racines sont réservées au VTT, mais le bitume sait aussi sanctionner l’inattention.
Transformer les données en décisions concrètes
L’analyse après la sortie doit déboucher sur une décision. Sinon, vous ne faites que déplacer des chiffres d’une application à une autre.
Après une séance, comparez la puissance prévue et la puissance réalisée. Observez les différences entre la moyenne et la NP. Regardez si la fréquence cardiaque a dérivé alors que la puissance restait stable. Examinez les moments où vous avez dépassé la cible: étaient-ils liés au relief, au vent, à un groupe ou à un manque de maîtrise?
Quelques constats sont particulièrement parlants:
- Puissance moyenne correcte, NP nettement plus haute: l’effort a probablement été trop irrégulier.
- Puissance stable, fréquence cardiaque qui monte progressivement: fatigue, chaleur, hydratation ou intensité mal calibrée peuvent entrer en jeu.
- Vitesse faible, puissance élevée: vent, pente ou position aérodynamique défavorable; ne jugez pas l’effort sur l’allure seule.
- Puissance faible, fréquence cardiaque élevée: récupération incomplète, conditions difficiles ou problème de mesure à vérifier.
- TSS supérieur à la séance prévue: la charge de la semaine doit être regardée avant d’ajouter une nouvelle séance exigeante.
- Données absentes ou incohérentes: commencez par le capteur et la connexion, pas par une conclusion sur votre forme.
Le suivi de performance en cyclisme triathlon n’a d’intérêt que s’il vous aide à mieux répartir vos ressources. Un tableau de bord impressionnant ne compense pas une stratégie mal pensée. La donnée doit réduire les décisions inutiles, pas en ajouter cinquante.
Vous pouvez aussi utiliser les données pour préparer votre matériel. Un parcours où les relances sont nombreuses ne demande pas la même organisation d’écran qu’un parcours régulier. Une sortie en forêt ou sur des routes secondaires impose une lecture rapide et une navigation claire. Une course longue exige de limiter les alertes et les informations parasites. Le compteur doit s’adapter au terrain, pas l’inverse.
Ce qu’il faut retenir avant de changer de compteur
Passer à l’analyse de données ne signifie pas acheter l’appareil le plus complexe ni remplir l’écran de valeurs colorées. Cela signifie relier un objectif à une mesure fiable.
Pour un triathlète, la progression logique ressemble à ceci:
1. Commencer par une navigation fiable
Le compteur doit rester lisible, stable et utilisable sur vos parcours habituels.
2. Ajouter une ceinture cardiaque si vous voulez comprendre le coût interne de l’effort
La fréquence cardiaque apporte un contrepoint utile à la puissance et à la vitesse.
3. Passer au capteur de puissance lorsque la gestion de l’intensité devient prioritaire
C’est lui qui rend les indicateurs FTP, NP, IF et TSS réellement exploitables.
4. Renseigner et actualiser les références
Une FTP incorrecte déforme les zones et les calculs. Le meilleur compteur ne corrigera pas une donnée de départ fausse.
5. Simplifier l’affichage en course
Quelques champs bien choisis valent mieux qu’une vitrine de chiffres illisibles.
6. Analyser la régularité avant de chercher à augmenter les valeurs
Une puissance mieux distribuée vous emmènera souvent plus loin qu’une pointe spectaculaire.
Le compteur vélo GPS pour triathlon devient réellement utile lorsqu’il vous apprend à lever le pied au bon moment. C’est moins vendeur qu’une promesse de watts supplémentaires, mais beaucoup plus efficace sur la durée. La performance ne se joue pas uniquement dans la capacité à pousser fort. Elle se joue dans la capacité à ne pas gaspiller ses jambes avant la dernière discipline.
Sur le vélo, nous avons tendance à récompenser ce qui se voit: la vitesse, le dépassement, la relance, le classement provisoire. Les données de puissance ramènent une vérité plus rugueuse. Chaque accélération a un coût. Chaque erreur de pacing laisse une trace. Et la course à pied vient généralement encaisser ce que le vélo a promis trop vite.